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Max Berry : à la lisière du réel

12 sept.
6 min de lecture

(English version below)


Né dans le Territoire du Nord australien, Max Berry peint des paysages qui semblent avoir été traversés plutôt qu'observés. Ses forêts denses et ses horizons désertiques tiennent autant du souvenir que du lieu réel. Rencontre avec un peintre qui collectionne les images avant de les laisser se transformer.



1. Vos peintures semblent à la fois familières et étrangement irréelles. Comment créez-vous un paysage qui évoque un lieu réel tout en appartenant à un monde imaginé ?


Cette zone floue entre le réel et l'irréel me paraît utile. La peinture est une façon d'étudier mon propre mouvement dans l'espace et le temps. Des références à des lieux réels, des endroits surgis de la mémoire, des moments précis : tout cela est inséparable de l'esprit et constitue, pour l'essentiel, le sujet de mon travail. Bien sûr, une fois traduit par le geste, un monde imaginé finit par émerger.


2. Vous avez fait plusieurs résidences à l'étranger. Qu'est-ce que ces séjours ont apporté à votre travail ?


J'ai beaucoup déménagé pendant mon enfance et je me suis efforcé de voyager. J'ai eu la chance de participer à plusieurs résidences d'artistes, en Grèce, en Irlande, en Finlande pour n'en citer que quelques-unes, et elles ont été incroyablement enrichissantes. Des moments solitaires, exploratoires, exigeants, chacun offrant un environnement de travail unique. Des conditions et des lumières différentes rendent les paysages infiniment fascinants, et le fait de s'y placer soi-même a quelque chose qui réorganise les cellules du cerveau. La peinture offre la possibilité d'enregistrer cette expérience.


3. Il y a souvent une part de mystère dans vos peintures, même dans les scènes les plus

paisibles. Laissez-vous volontairement une place à quelque chose d'inquiétant ou d'inconnu ?


On ne peut pas toujours définir les choses clairement, et si on s'y acharne, on risque de les faire disparaître complètement. Je cherche à construire un cheminement de pensée lent, qui provoquera peut-être bien plus tard un changement ou une compréhension.




4. Votre végétation a une qualité très particulière, comme si les arbres et les plantes étaient des créatures vivantes. Comment développez-vous ces formes organiques, presque surréelles ?


C'est une fantaisie de rêverie, une forme de jeu qui consiste à ne pas s'enliser, à ne pas se durcir. Il est facile de se laisser absorber par les détails et de se tromper de sujet. J'espère que les peintures fonctionnent comme une invitation, quelque chose dans quoi on peut grimper, ou à côté de quoi on peut se tenir. Le tracé serpentin ou enveloppant, les formes douces et fluides des arbres et des nuages, de l'eau et des champs, sont une manière d'y parvenir. Les paysages réels, ceux qui ont de la terre, des insectes et des odeurs, agissent sur l'esprit de façon profonde. Ils ont le pouvoir de vous absorber, comme le potentiel imaginatif d'un livre. J'ai un poème de Thomas A Clark affiché dans l'atelier qui m'y aide.


5. De petits éléments humains, une maison, une silhouette sur l'eau, apparaissent souvent au sein d'environnements naturels immenses. Quel rôle jouent ces minuscules présences humaines dans vos compositions ?


La présence humaine et le rôle des petites constructions servent à ancrer le spectateur. Ces éléments humains impliquent une mise en correspondance de deux histoires, une histoire générale et une histoire personnelle. Un dispositif pour orienter le regard, avant de mettre à l'épreuve vos présupposés.


6. Pouvez-vous nous parler un peu de votre processus ? Vos peintures naissent-elles d'un lieu précis, d'une image, d'un souvenir, ou de quelque chose de plus instinctif ?


Je suis un collectionneur. J'ai des bibliothèques de "graines", de petits porteurs d'idées qui provoquent d'une certaine manière leur propre sélection, un mélange de répétition et d'opportunisme. Des dessins, des citations, des notes, des photographies, des références, des vidéos, tout ensemble. Ils deviennent un guide vers des lieux qui exigent qu'on y revienne, et vers d'autres, totalement imprévus, qui n'en sont pas moins poignants. Mon travail d'atelier consiste à revisiter cette collection de graines et à en extraire la puissance par la peinture. C'est intéressant de voir comme elles se transforment subtilement d'un ensemble d'œuvres à l'autre, métamorphosées par l'acte de peindre en quelque chose d'autre, alors même que l'image de départ est manifestement la même.



7. Votre travail dégage une forte sensation d'atmosphère et de lumière. Quelle importance a la couleur dans la construction du monde émotionnel d'une peinture ?


La lumière et la couleur sont ce qu'il y a de plus important. C'est le genre de chose qui rend un lieu ou un souvenir vraiment saisissant, captivant. Qui lui donne du sens et de la vitalité, sans les mots pour le décrire. Les peintures ont un pouvoir semblable, une capacité à résister à leur propre disparition. De sorte que lorsque le spectateur s'éloigne de l'œuvre, il repart, d'une petite manière, différent de celui qu'il était en arrivant. Ainsi, une image peut passer du statut d'objet à celui d'agent.


8. Si vous pouviez entrer dans une de vos peintures et y passer une journée, laquelle choisiriez-vous, et que pensez-vous y trouver ?

Haha, j'entre dans chacune d'elles, et à chaque fois c'est différent.



Max Berry: Where the real gives way


Born in the Northern Territory, Max Berry paints landscapes that feel travelled through rather than observed. His dense forests and desert horizons belong as much to memory as to any real place. A conversation with a painter who collects images, then lets them transform.


1. Your paintings feel both familiar and strangely otherworldly. How do you approach creating a landscape that feels like a real place, while also belonging to an imagined world?

The blurry area between real and un-real I think is useful. Painting is a way to study my own movement through space and time. References of real locations, places from memory and points in time are inseparable from one's mind and, for the larger part, make up the subjects of my work. Of course once translated through gesture there emerges an imagined world.


2. You've done several residencies abroad. What have those stays brought to your work?

I moved frequently throughout childhood and have made an effort to travel internationally. I have been fortunate to participate in a number of artist residencies, Greece, Ireland and Finland to name a few, and they have been incredibly rewarding. Solitary, explorative and challenging times; each offered unique environments for making work. Different conditions and different light make landscapes endlessly fascinating, and placing yourself within them has a way of re-arranging your brain cells. Paintings offer a chance to record your experience.


3. There is often a sense of mystery in your paintings, even in the most peaceful scenes. Do you intentionally leave room for something unsettling or unknown?

You can't always define things clearly and if you try too hard to, you can make them go away entirely. I look to build a slow moving train of thought, that may much later trigger a change or understanding.


4. Your vegetation has a very distinctive quality, almost as if the trees and plants were living creatures. How do you develop these organic, almost surreal forms?

It's a fantasy of daydream, a playfulness in not getting bogged down or too hard boiled. It's easy to be consumed by details and mistake the focus. I hope the paintings are like an invitation, something you can climb into or alongside. The serpentine or enveloping line work, the soft shape and fluid forms of trees and clouds, water and fields, is a way to do this. Real landscapes, ones with earth, bugs and smells, affect the mind in profound ways. They have the power to consume you, like the imaginative potential of a book.


5. Small human elements, such as a house or a figure on the water, often appear within vast natural environments. What role do these tiny human presences play in your compositions?

The human presence and the role of small buildings is to ground the viewer. Small human elements imply a matching up of histories, a general one and a personal one. A device to direct orientation before a testing of your assumptions.


6. Could you tell us a little about your process? Do your paintings begin with a specific place, an image, a memory, or something more instinctive?

I am a collector. I have libraries of 'seeds', little carriers of ideas that somehow prompt their own selection, a mix of repetition and opportunism. Drawings, quotes, notes, photographs, references and videos all together. They become a guide to places that can insist upon your return and those that are completely unplanned but nevertheless are no less poignant. My studio process involves revisiting this collection of seeds and extracting their power through painting. It's interesting how they're subtly morphed through the different bodies of work, somehow transformed through the act of painting into something else, even though the original image is clearly the same.


7. Your work has a strong sense of atmosphere and light. How important is colour in creating the emotional world of a painting?

Light and colour are the most important thing. It's the kind of thing that makes a place or a memory really compelling, makes it captivating. Gives it meaning and vitality without the words to describe it. Paintings have a similar power, an ability to resist their disappearance. So that when the viewer goes away from that work, they leave in some small way, differently than they came to it. In this way, an image can change from object to agent.


8. If you could step inside one of your paintings and spend a day there, which one would you choose, and what do you think you would find?

Haha, I step inside every one and each time it changes.

 
 
 

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