Rencontre avec l'artiste Pedro Covo
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- il y a 2 jours
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Peindre la mémoire du paysage

À l’occasion de l’exposition Mirage présentée à la Galerie GT, nous avons le plaisir de découvrir le travail du peintre colombien Pedro Covo. Né à Cartagena de Indias en 1988, l’artiste développe une peinture atmosphérique et immersive où paysages tropicaux, oiseaux et mangroves deviennent les fragments d’une mémoire sensible.
Tes scènes viennent-elles de souvenirs, d’observations directes, d’imagination, ou d’un mélange de tout cela ?
Ces scènes proviennent de mes excursions d’observation d’oiseaux dans la Ciénaga de la Virgen, un marais situé près de ma ville natale, Cartagena de Indias. J’y vais encore de temps en temps, mais je préfère peindre cet endroit tel que je m’en souviens plutôt que tel qu’il est réellement.
Chaque peinture devient finalement un mélange de dessins et de notes réalisés pendant ces excursions, de photographies, et de situations imaginées que je développe ensuite dans mes carnets.
Tes peintures ont une atmosphère très particulière, presque cinématographique. Comment construis-tu cette ambiance ?
J’essaie de peindre les tropiques caribéens et ce que signifie vivre dans un environnement à la fois hostile et magnifique.
Ce qui m’intéresse, c’est de transmettre la sensation d’être ici : l’atmosphère lourde, l’air humide et salé, la densité de l’oxygène. Pour cela, je travaille avec une gamme de tons très resserrée, afin que l’ensemble de la peinture reste cohérent et dense.
Quel rôle joue la nature dans ton travail : sujet, symbole, refuge ?
Je pourrais parler de la nature pendant des heures, mais je vais essayer de l’expliquer autrement.
Quand je descends d’un avion à Cartagena, Cuba ou San Andrés, je sens mon corps s’aligner avec l’environnement. Il comprend immédiatement qu’il est arrivé là où il doit être. Même sans y penser consciemment, je sais que je suis dans les Caraïbes.
C’est difficile à expliquer, mais je pense que nous sommes des animaux façonnés par des environnements spécifiques. Et tout fonctionne mieux, d’une certaine manière biologique, lorsque nous revenons à l’endroit auquel nous appartenons.

Les oiseaux ont souvent une forte charge symbolique. Que représentent-ils pour toi ?
Issu d’une formation académique, j’ai appris que la géopolitique des publications, des universités, des musées et des conférences tend à situer l’histoire de l’art dans des villes comme New York, Berlin ou Paris, et beaucoup plus rarement à Barranquilla, Port-au-Prince ou Managua.
Les écrits et les œuvres produits dans le monde anglo-saxon sont largement traduits et diffusés en Afrique, en Asie, en Europe de l’Est ou en Amérique latine. L’inverse est beaucoup moins vrai. Les textes produits à Asunción, Lima ou Ciénaga de Oro sont rarement traduits ou cités.
Dans ce contexte, en tant que peintre latino-américain contemporain, choisir de peindre ce marais près de ma ville natale est un geste modeste de résistance. Une manière de dire que les mangroves et les hérons de la Ciénaga de la Virgen, à Cartagena, méritent eux aussi d’être regardés et contemplés.
Comment abordes-tu la couleur dans tes peintures ?
Les oiseaux sont apparus au départ comme un choix esthétique, mais cela a rapidement évolué lorsque j’ai commencé à les situer à des moments précis de la journée.
Ici, nous n’avons pas de saisons. Nous vivons dans un été permanent, avec une chaleur et une humidité constantes. Pour survivre à cet environnement, il faut faire tout ce qui nécessite d’être dehors à l’aube ou au coucher du soleil.
C’est une recherche constante de l’ombre. Et c’est ce moment que j’essaie de peindre : l’heure où le soleil est bas et où les choses peuvent enfin commencer à se produire.
Les mangroves sont apparues plus tard dans mon travail. Elles représentent un espace intermédiaire entre l’eau et la terre, un seuil entre ce qui est passé et ce qui reste à venir. Pour moi, elles incarnent un moment suspendu où les distinctions ordinaires se dissolvent.
Planifies-tu tes couleurs à l’avance ?
Oui, je planifie non seulement les couleurs mais presque tout à l’avance. Je réalise de nombreuses études dans mes carnets et en numérique, où je prends la plupart des décisions concernant le dessin, la composition et la palette.
Ainsi, lorsque je commence à peindre, je peux me concentrer pleinement sur ce que la peinture elle-même peut offrir.



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