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Béatrice Côté : la beauté des choses fugaces




Il y a dans les toiles de Béatrice Côté quelque chose d'insaisissable : des jardins entrevus, des lumières de fin de journée, des fleurs qui semblent vibrer sous la chaleur avant de se dissoudre. L'artiste canadienne travaille par couches successives, construisant et déconstruisant sa peinture jusqu'à ce que la toile révèle quelque chose d'essentiel. À l'occasion de SUNBATH, l'exposition estivale de la Galerie Grécourt, nous avons voulu comprendre d'où vient cette façon si particulière de voir le monde.



1) Tes tableaux donnent l'impression d'être pris entre deux états, quelque chose qu'on reconnaît à peine, quelque chose qui est déjà en train de disparaître. Est-ce que tu peins à partir de souvenirs, d'observations directes, ou d'un mélange des deux ?


Je peins à la fois à partir d'images et de souvenirs de lieux qui m'habitent, mais je me laisse aussi guider par mon intuition et mon imagination. C'est l'accumulation de toutes ces façons de peindre qui rend le parcours de chaque toile unique.


2) Tu parles de construire et déconstruire : couches fines, ponçage, retour en arrière. Est-ce qu'il y a un moment précis où tu sais qu'une toile est terminée, ou est-ce qu'elle t'échappe toujours un peu ?


Il y a certaines toiles pour lesquelles je vois la ligne d'arrivée beaucoup plus rapidement que pour d'autres. Et puis il y a celles qui me donnent l'impression que le chemin sera long, voire interminable !

Quand je travaille sur un corpus d'oeuvres, il arrive qu'une toile se résout plus facilement. Celle-ci me donne alors confiance, et souvent, l'élan nécessaire pour poursuivre les autres. C'est un peu comme un travail d'équipe entre mes toiles et moi.


3) Est-ce qu'il t'arrive de t'arrêter net sur une toile parce qu'elle te surprend, parce qu'elle va dans une direction que tu n'avais pas prévue ?


Oui, tout à fait. Il m'arrive d'aboutir à un endroit qui me surprend ou qui m'échappe un peu. Dans ces moments-là, je peux décider d'interrompre le travail et de laisser la toile reposer. Souvent, le temps arrange les choses. Lorsque j'y replonge quelques mois plus tard, tout devient plus clair et le chemin devient plus agréable.


4) SUNBATH, comme titre d'exposition, évoque quelque chose de très sensoriel, presque physique. En quoi ces toiles s'inscrivent-elles dans cette idée pour toi ?


J'aime beaucoup le titre SUNBATH. Il se prête bien à ma pratique et à cette volonté de transmettre une sensation plutôt qu'un paysage précis.

Prendre un bain de soleil, c'est prendre le temps d'absorber les rayons, la chaleur, l'air et les émotions qui s'en dégagent.

Les trois toiles présentées dans l'exposition évoquent chacune un moment différent : Vallons soleil évoque le soleil du matin et la brise qui fait onduler les fleurs du jardin comme une vague. Claire Fontaine représente la lumière de fin de journée, encore vive, mais plus chaude et enveloppante. Et la troisième toile évoque les fleurs en pleine canicule, remplies de couleurs et d'ardeur malgré la chaleur et l'humidité.


5) Le mot "nostalgie" revient dans ta pratique. C'est une nostalgie de quoi exactement — d'un lieu, d'un moment, d'une lumière ?


Un peu des trois. Mes toiles sont souvent inspirées de lieux que j'ai habités ou visités. Avec le temps, ces souvenirs se mélangent à mon imaginaire. Je crois que la nostalgie naît justement de cette rencontre entre un lieu, un moment vécu et la sensation qu'il a laissée en moi.


6) Est-ce qu'il y a une ville, un quartier, un coin de rue qui revient souvent dans ton travail sans que tu t'en rendes forcément compte ?


Bonne question ! Il y en a plusieurs. Pour la toile aux coquelicots, je me suis beaucoup inspirée du Lower East Side à New York, où mon atelier était situé sur Broome Street. Vallons soleil est inspirée du Vallon des Auffes à Marseille, un lieu qui m'a profondément marquée. Quant à Claire Fontaine, elle provient davantage de mon imaginaire, nourri par l'idée que je me fais de Biarritz : une ville douce et belle, même si les vagues qui la bordent peuvent parfois être agitées.


7) Si quelqu'un s'arrête devant une de tes toiles, qu'est-ce que tu voudrais qu'il emporte avec lui ?

J'aimerais qu'il emporte avec lui un sentiment de beauté et de plaisir, tout simplement.




 
 
 

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