Kazy Usclef : le monde comme matière première
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- 14 juil.
- 3 min de lecture

Il y a des artistes qui cherchent, et des artistes qui absorbent. Kazy Usclef est clairement du deuxième type. Nourri par plus de dix ans de graffiti dans les rues, par des voyages qui l'ont exposé aux arts populaires les plus éloignés de ses références d'origine, par la solitude de l'atelier et l'effervescence du dehors, il peint avec ce qu'il a, au sens propre comme au sens figuré. Pas de croquis préparatoires, pas d'intention écrite à l'avance. Juste le pinceau, les matériaux sous la main, et une confiance totale dans l'accident.
1) Tu viens du graffiti, un art de l'espace public et de l'instant. Comment cette culture continue-t-elle d'habiter ta peinture aujourd'hui, même sur toile ?
Je ne crois pas qu'il y ait une transmission directe, plastiquement parlant, du graffiti vers mes toiles. Par contre, ce qui est certain, c'est que toutes ces années à peindre dans la rue ont profondément influencé ma manière de travailler. Devoir peindre rapidement, avoir une efficacité visuelle, souvent en quelques heures parce que la lumière change ou qu'on n'est pas sûr de revenir sur place, tout ça a forgé une certaine spontanéité qui est aujourd'hui ancrée dans ma pratique en atelier. C'est cet héritage-là qui donne à ma peinture ce qu'elle a, je crois, d'instinctif.

2) Tes tableaux sont des espaces foisonnants, presque surpeuplés de références, d'animaux, de figures humaines, de motifs. Comment tu construis une composition ? Tu pars d'une intuition, d'une image mentale, ou ça se construit au fil du geste ?
Je fais de moins en moins de croquis préparatoires. Je me laisse porter par le pinceau, par les matériaux que j'ai sous la main, c'est encore un héritage du travail dans la rue, où on compose avec ce qu'on trouve sur place. Je pars rarement d'une intention écrite à l'avance. C'est l'inverse : je pars de ce que j'ai, et je compose. Il y a toujours une grande place laissée à l'accident, un peu comme une écriture automatique. C'est ça qui me fascine, en fait, cette part d'imprévu. Prévoir, maîtriser, organiser : je suis plutôt à l'antipode de ça.
3) On retrouve dans ton travail une tension entre violence et tendresse, entre le sauvage et l'intime. C'est quelque chose que tu cherches consciemment, ou ça s'impose à toi ?
C'est l'histoire de la vie, non ? La dualité. L'atelier est pour moi un moment de méditation, un espace très solitaire où je relâche tout ce qui m'a nourri, tout ce que j'ai pris dans la tronche. Et je pense que ce qui ressort sur la toile, c'est simplement le reflet de ma manière d'appréhender le monde. Ça ne se cherche pas vraiment, ça se pose.
4) Tes voyages nourrissent visiblement ton œuvre. Est-ce que tu peux nous parler d'un lieu ou d'une rencontre qui a vraiment changé ta façon de peindre ?
Je ne pense pas qu'il y ait un lieu ou une rencontre en particulier, c'est plutôt l'accumulation de tout ça qui a fait ce que je fais aujourd'hui. Ce qui m'attire surtout en voyage, c'est tout ce qui touche aux arts populaires : ce qui est en dehors des musées, ce qui n'est pas sous le joug sacré de l'Art avec un grand A, mais plutôt ce qui fait le quotidien visuel des gens. Une enseigne, un packaging, une signalétique, des manières de représenter totalement exotiques par rapport à là où j'ai grandi. Tout ce fourbi-là, c'est ce qui alimente ma façon de représenter.
5) Tu détournes certaines iconographies sacrées ou populaires avec une vraie liberté. Qu'est-ce que tu cherches à déstabiliser dans le regard du spectateur ?
C'est une manière d'accrocher les gens, de leur offrir une entrée. Quand il y a des clins d'œil à des choses connues, à des images qui appartiennent à l'imaginaire collectif, ça crée un chemin plus facile pour entrer dans la peinture. Je fais souvent le parallèle avec la musique : quand on passe des titres que les gens reconnaissent, ils entrent plus naturellement dans la danse. En peinture c'est pareil. Parsemer l'œuvre de petits repères, c'est inviter les gens à s'aventurer, même sur un terrain qui leur est moins familier.

6) Le soleil, la chaleur, la lumière dorée traversent plusieurs de tes toiles. Est-ce que "Sunbath" résonne avec quelque chose de particulier dans ton travail en ce moment ?
Cette toile-là a été peinte à La Réunion, en plein milieu d'une flore luxuriante, donc oui, ça a clairement influé. Mais plus largement, je crois qu'il y a aussi l'idée d'aller chercher la lumière et la chaleur qui manquent parfois ici, en Basse-Bretagne. C'est une façon de créer son propre échappatoire. Et puis ces paysages peuvent être réconfortants pour certaines personnes, se retrouver câliné dans un environnement qui fait du bien. Celle-là, en tout cas, c'est vraiment l'idée de créer une atmosphère apaisante, de stimuler quelque chose de doux.



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